Quelques remarques à propos de l'utilisation d'éléments tirés d'un bilan neuropsychologique |
| La confrontation aux troubles sévères dacquisition du langage oral et du langage écrit amène à rechercher des terrains dentente entre le domaine pédagogique et celui de la neuropsychologie cognitive développementale. Cette dernière est une science qui vise à approcher, sur la base déléments de synthèse entre données tirées des neurosciences (physiologiques et neurologiques) et données tirées des sciences cognitives, l a signification dun certain nombre dopérations mentales. Ce champ de la neuropsychologie sintéresse aussi, tout particulièrement, à lexpression des troubles cognitifs ainsi quà la façon de tenter dy remédier. La démarche première se fonde sur leffectuation dun diagnostic différentiel, classant par rapport à un abord nosologique multiple. Ce diagnostic est laboutissement de la passation dun bilan. Un bilan neuropsychologique intègre, par nature, des données pluridisciplinaires (médicales, orthophoniques, de psychomotricité) ainsi que des données recueillies plus particulièrement en neuropsychologie (certains éléments touchant aux processus attentionnels et mnésiques, par exemple). Le diagnostic initial une fois posé, le travail consiste à pédagogiser le profil observé, cest à dire à retraduire les données neuropsychologiques disponibles dune façon utilisable sur le plan pédagogique. Lexpérience montre quil semble exister deux façons principales dentrer dans une pédagogie tenant compte de facteurs neuropsychologiques: 1) il apparaît possible dutiliser des techniques palliatives aidant à compenser les troubles des enfants. Nous entendons, ici, des façons de procéder qui vont contourner le trouble de lenfant sans directement chercher à latteindre, 2) il apparaît aussi concevable dutiliser le simple rappel, en situation pédagogique avérée, déléments strictement curatifs liés à la situation de rééducation et transmis aux enseignants par les intervenants soignants directs. A titre illustratif dun cheminement possible entre neuropsychologie et pratique pédagogique, nous aimerions proposer un travail délaboration réalisé chez un enfant porteur dune dysphasie (déviance dans lacquisition du langage oral), trouble pouvant être étendu à des aspects autres que strictement langagiers oraux. Retraduction de ces caractéristiques en vue dune utilisation pédagogique - lutilisation spontanée des connaissances en réponse à une demande précise (évocation mnésique volontaire) est touchée chez A. Lévocation verbale est, notamment, très délicate et imprécise. Les connaissances à ce niveau, pourtant objectivables par ailleurs (en situation daide par lindiçage, (par exemple), ne sont pas forcément accessibles à volonté. A. fonctionne quasiment toujours avec le mot sur le bout de la langue, - A. peut, pourtant, stocker des informations. Cest la restitution de ces dernières qui est, surtout dans des conditions restrictives/induites, soit impossible, soit imprécise, - cela touche aussi (par hypothèse) le langage écrit en limitant la constitution des lexiques mentaux (lieux de stockage des représentations de mots connus) et, surtout, la possibilité dy accéder à volonté et précisément. A. lit, ainsi, en appliquant strictement les règles de transcodage graphèmes-phonèmes et présente, de même, une transcription totalement phonétique. La transcription spontanée constitue, bien-sûr, la situation la plus délicate à gérer, - la mauvaise organisation en mémoire des connaissances verbales (flou important au niveau de lorganisation catégorielle et de laccès aux mots et à leur sens) introduit, enfin, des difficultés de compréhension orale et écrite. Résumé simplifié de quelques éléments de réponse proposés. 1) Orientation de la présentation pédagogique selon un axe palliatif: Principes généraux: - ne pas laisser A. seul face au fait de devoir restituer une connaissance précise, à un moment donné, - réfléchir au moyen dindicer ses réponses, - diminuer progressivement la part dindiçage fourni. Applications: - à loral, pour un mot quA. ne retrouve pas, donner un certain nombre dindices sémantiques sur ce mot, ou encore son phonème ou sa syllabe initiaux, - dans une situation empruntant lécrit, utiliser laspect assez préservé de lacte lexique pour proposer des questionnaires à choix multiples (préférer la reconnaissance au rappel) - indicer les réponses passant par la transcription en donnant le début du mot attendu, par exemple (la 1ère syllabe, puis seulement la 1ère lettre) ou une particularité orthographique de ce mot. 2) Orientation de la présentation pédagogique selon le rappel déléments tirés de laxe curatif: Principes généraux : - aider à la précision du choix formulatoire en tendant à réorganiser les capacités catégorielles générales (liées au sens=réseaux lexicaux ou formelles=introduction des aspects grammaticaux généraux), - présenter les notions nouvelles de façon telle que la condition même de leur apprentissage soit porteuse des éléments qui permettront un meilleur rappel ultérieur des données appréhendées. Favoriser lapprentissage actif et associatif. Applications : - catégoriser le vocabulaire présenté à loral, soit en situation dapprentissage, soit en situation explicative et rappeler ces catégories quand A. se trouve en situation de restitution, - faire repérer, à loral, des homophones, de façon à baser les catégorisations sur le sens et pas uniquement sur la phonologie, - utiliser la lecture pour renforcer limpact du travail de catégorisation de lensemble du vocabulaire (notamment nouveau) présenté, en y faisant participer A. (catégories sémantiques, phonologiques, intrus...), - dans les situations empruntant la transcription: orienter les productions induites dA. par lutilisation déléments favorisateurs du rappel ayant fait partie intégrante de la situation première dapprentissage (catégories grammaticales présentées et apprises accompagnées de petits signes permettant de les distinguer et que lon peut fournir comme guides dune production écrite), appréhender dune façon corrective la production écrite dA. (qui est dordre strictement phonétique) en fournissant, par exemple, lensemble des lettres constituant un mot mal orthographié en désordre et en lui demandant den retrouver activement lordre exact... Il ne sagit là que de réponses très parcellaires, à titre de simple illustration, concernant un enfant présentant un trouble avéré et ne recoupant donc pas les aspects de réactivité à des situations de post-dépistage. Ces réponses, orientées selon la prise en compte dun profil neuro-cognitif complexe, ont pu nettement contribuer à améliorer le rendement scolaire de lenfant en question. |