|
On
entend parfois dire mon enfant est dyslexique, il fait des fautes d'orthographe,
ou encore il inverse des lettres, voire il ne parle pas bien. Pour éviter
que le terme dyslexie ne devienne le fourre-tout de l'échec scolaire,
il faut tout d'abord savoir de qui on parle, c'est-à-dire quels sont
les enfants dont on peut dire qu'ils sont dyslexiques. Il faut également
savoir de quoi on parle, en l'occurrence, avoir une idée précise
de ce que savoir lire et apprendre à lire signifient.
Il n'y a
pas 20% de dyslexiques
Souvent, on parle de dyslexie dès qu'un enfant présente
des difficultés d'apprentissage de la lecture(1).
Or ces difficultés peuvent avoir des origines diverses. Elles peuvent
être dues à une mauvaise maîtrise de la langue, à
un environnement social peu stimulant, ou à une scolarisation non
assidue. De même, si l'enfant souffre de troubles psychologiques
graves, ou encore d'un déficit intellectuel, il risque de ne pas
bien apprendre à lire. C'est également le cas s'il a de
problèmes sévères de vision, mais aussi d'audition.
En effet, les enfants sourds n'apprennent pas bien à lire, ce qui
indique que, contrairement à une idée reçue, la lecture
n'est pas uniquement une activité visuelle. C'est seulement face
à un déficit sévère d'apprentissage de la
lecture, et après avoir éliminé les causes potentielles
d'échec évoquées, que l'on peut parler de dyslexie.
Les enfants qui ont des difficultés de lecture ne sont donc pas
tous des dyslexiques. Dans la mesure où on ne dispose d'aucune
enquête épidémiologique, il est impossible de dire
quel est exactement le pourcentage des dyslexiques. On avance le plus
souvent un chiffre autour de 5%, c'est-à-dire environ un enfant
par classe, dont 1% de cas sévères.
Les automatismes
de la lecture
Pour parler de difficultés d'apprentissage de la lecture, il faut
également savoir ce qui est spécifique à cet apprentissage,
et plus généralement à l'acte de lire. La compréhension
d'un texte, finalité de la lecture, dépend à la fois
du niveau de compréhension orale et de la maîtrise de mécanismes
spécifiques à la lecture. Pour imaginer ce que sont ces
mécanismes, on peut prendre l'exemple de la musique. Il ne vient
à l'idée de personne de dire que celui qui s'avère
incapable de "lire" une partition a des difficultés de
compréhension de la musique ; il est évident que ce qui
lui fait défaut c'est la maîtrise des mécanismes qui
permettent au musicien expert d'associer automatiquement dans sa tête
une petite suite de notes écrites à un bout de mélodie.
Il en va de même pour la lecture. En effet, un enfant intelligent
ne peut comprendre un texte écrit que s'il a automatisé
les mécanismes qui permettent d'identifier les mots écrits.
Il est difficile d'admettre qu'une activité aussi subtile que la
lecture fasse d'abord appel à des automatismes ! C'est pourtant
le cas, et ce sont justement ces "automatismes" qui ne se mettent
pas bien en place chez les dyslexiques.
Chez un adulte qui sait lire - appelé lecteur expert - le caractère
"automatique" de l'identification des mots écrits est
mis en relief par l'effet dit "stroop", qui résulte d'une
interférence entre le sens d'un mot et sa forme. Ainsi, quand on
demande de nommer la couleur de l'encre d'un mot, la réponse est
plus longue quand le mot écrit est un nom de couleur qui ne correspond
pas à la couleur de l'encre, par exemple, "vert" écrit
en rouge. Celui qui sait lire ne peut donc pas ne pas lire ce qui est
écrit, même quand on le lui demande, ce qui est le propre
d'un automatisme. Cet exemple indique que l'expert a accès quasi
immédiatement à la forme, mais aussi au sens, des mots.
De façon plus surprenante, il a été également
montré que le lecteur expert entend dans sa tête la forme
sonore du mot (ce qui n'implique pas sa prononciation), et cela quel que
soit le système d'écriture dans lequel il lit. Il existe
en effet différents systèmes d'écriture. Les écritures
phono-centrées, syllabiques et alphabétiques, transcrivent
principalement des sons (voir encadré 1 sur l'écriture du
français). D'autres transcrivent surtout du sens : les écritures
logographiques, comme celle du chinois (voir encadré 2). On pourrait
supposer que le lecteur expert n'entend la "musique" des mots
que si l'écriture est phono-centrée. Et bien non ! L'effet
"Stroop" a en effet été relevé même
quand on présente à des chinois un mot qui se prononce de
la même façon qu'un nom de couleur, mais qui n'a pas le même
sens, ni la même forme graphique(2).
Le décodage,
sine qua non de l'apprentissage de la lecture
Dans une écriture alphabétique, l'identification des mots
peut être obtenue soit par une procédure globale, qui permet
de reconnaître les mots souvent rencontrés, soit par une
procédure analytique - le décodage - qui permet de lire
des mots nouveaux en reliant les unités de base de l'écrit
(les graphèmes, "a", "f", mais aussi "ou",
"ph") aux unités correspondantes de l'oral (les phonèmes,
c'est-à-dire les sons /a/, /f/
). Au début de l'apprentissage
de la lecture, les enfants vont s'appuyer principalement sur le décodage,
qui est lent et laborieux au départ. Cela leur permet d'apprendre
à lire tous les mots qui ont des correspondances régulières
entre graphèmes et phonèmes ("table", "route",
"matin", "cobol"
). Par contre, ils font beaucoup
d'erreurs quand ils doivent lire des mots irréguliers, même
très fréquents, comme "sept", généralement
lu comme "septembre".
De plus, la facilité de cet apprentissage dépend de la transparence
des relations entre code écrit et code oral. S'il n'y a pas de
système d'écriture totalement transparent par rapport à
l'oral, certains le sont plus que d'autres : l'espagnol, l'italien, l'allemand,
et même le français, par rapport à l'anglais. Or plus
l'écriture est proche de l'oral, plus vite et mieux les enfants
apprennent à lire. Un autre point crucial est que les études
longitudinales - celles dans lesquelles on suit les mêmes enfants
pendant une longue période pour traquer les prédicteurs
de l'apprentissage de la lecture - montrent que la maîtrise du décodage
est le sine qua non de cet apprentissage, les bons décodeurs précoces
étant ceux qui progressent le plus, y compris pour la lecture de
mots irréguliers(3-4).
Un autre point important est que mieux l'enfant sait lire, plus il va
percevoir l'image sonore des mots. Cela a été montré
en utilisant des tâches dites d'amorçage, dans lesquelles
on présente successivement et très rapidement (quelques
millièmes de seconde) deux mots écrits : un mot cible et
une amorce supposée faciliter sa reconnaissance, la relation les
deux pouvant être sonore (fraise-frèze), visuelle
(fraise-froise) ou sémantique (fraise-fruit) (NOTE
EDITEUR : ATTENTION A LA POLICE : ECRIRE "a"). Les effets
d'amorçage visuel et sonore augmentent en fonction de l'âge
et du niveau d'expertise en lecture alors que diminuent les effets d'amorçage
sémantique, ce qui va à l'encontre d'une idée fort
répandue, à savoir que les bons lecteurs seraient ceux qui
ont le plus recours aux informations sémantiques pour identifier
les mots écrits(5).
Les déficits
de traitement des sons du langage, au cur de la dyslexie
Le décodage nécessite l'utilisation des correspondances
entre graphèmes et phonèmes et donc la maîtrise de
traitements dits phonologiques. Or on a pendant longtemps considéré
que la dyslexie était plutôt due à un déficit
visuel, les dyslexiques confondant, par exemple, "b" et "d".
Cette idée - encore très populaire - a été
clairement rejetée (voir encadré 3). Par contre les travaux
récents indiquent clairement que les dyslexiques ont un déficit
phonologique. Ainsi, quand ils lisent, ils n'arrivent pas à décoder
correctement et rapidement les mots écrits, surtout quand ils sont
nouveaux. Ce déficit apparaît même quand on les compare
à des enfants plus jeunes, mais de même niveau global de
lecture, ce qui signale qu'il ne s'agit pas simplement d'un retard d'apprentissage(4).
Ce déficit se manifeste toutefois plus ou moins fortement en fonction
de la transparence de l'orthographe. Ainsi, quand ils doivent lire des
mots nouveaux, le déficit des dyslexiques anglais apparaît
plus marqué que celui des français, qui ont un même
un déficit plus marqué que celui des italiens(6).
On pourrait conclure de ces résultats que la dyslexie est simplement
due à un facteur culturel. Ce n'est pas le cas comme le montrent
les données d'imagerie cérébrale recueillies : en
effet, les mêmes zones sont sous-activées chez tous les dyslexiques,
quelle que soit leur langue. Cela permet de penser que le déficit
du décodage pourrait avoir une même origine : une déficience
du système d'analyse des sons de la parole.
Pour utiliser les relations entre graphèmes et phonèmes,
il faut, en effet, comprendre que, par exemple, "car" comporte
trois phonèmes différents. Or, à l'intérieur
d'une syllabe, les phonèmes sont prononcés en un seul bloc
(c'est ce qu'on appelle la co-articulation). Pour vérifier si les
dyslexiques ont des difficultés d'analyse phonémique, on
leur demande de compter le nombre de sons différents qu'ils entendent
dans /kib/ ou dans /krib/, ou encore de "manger" le premier
son de l'un de ces mots. De fait, ils ne réussissent généralement
pas à bien faire ce type de tâche. De plus, les résultats
d'études dans lesquelles on a suivi les mêmes enfants avant
et après l'apprentissage de la lecture indiquent que, avant cet
apprentissage, les futurs dyslexiques se différencient des futurs
bons lecteurs principalement par leurs capacités d'analyse phonémique.
Cette capacité serait donc un prédicteur de l'apprentissage
de la lecture. Il est également important de noter que c'est l'analyse
des sons du langage qui est spécifiquement déficiente chez
les dyslexiques : par exemple, ils n'ont pas de difficultés quand
on leur demande de reproduire sur un xylophone les deux dernières
notes d'une mélodie de trois notes(3).
Pour mettre en relation les graphèmes avec les phonèmes
correspondants, il faut non seulement être capable de trouver les
phonèmes dans les mots, il faut aussi bien les classer par catégorie.
Or les sons de la parole sont regroupés en catégories phonémiques
qui résultent d'un découpage abrupt du signal sonore, une
vraie frontière propre à chaque langue. C'est ce qui nous
permet de différencier, par exemple, "don" de "ton"
et de "bon" et donc de comprendre et de produire tous les mots
possibles d'une langue à partir d'environ 40 phonèmes bien
définis. Ainsi, l'auditeur français ne perçoit généralement
pas certaines différences acoustiques inutiles pour traiter sa
langue, par exemple, 20 millisecondes en plus de vibration des cordes
vocales, utiles dans d'autres langues pour distinguer deux "t",
qui permettent d'opposer deux mots différents. Par contre, il entend
des différences semblables qui séparent des sons situés
de part et d'autre d'une frontière utile pour lui, celle qui sépare,
par exemple, /t/ de /d/ en français. Il a été montré
qu'un déficit à ce niveau, même léger, peut
avoir des répercutions importantes sur l'apprentissage de la lecture7.
En effet, il est difficile d'associer un graphème précis
à des phonèmes flous, ce qui est le cas, par exemple, si
un enfant français distingue deux /t/ différents ou s'il
confond /t/ et /k/. C'est à une difficulté de même
nature que sont confrontés les apprenti-lecteurs quand ils rencontrent
des graphèmes différents (par exemple, "c", "ch",
"q", "qu", "k"), qui peuvent tous se prononcer
de la même façon.
La réussite,
ou l'échec, de l'apprentissage de la lecture dépendrait
donc de la force des associations qui vont se créer entre graphèmes
et phonèmes, en fonction de la langue et de la qualité des
catégories phonémiques de l'apprenant lecteur. Ce point
est essentiel. Il permet d'expliquer pourquoi les enfants espagnols apprennent
plus vite à lire que les petits français qui eux-mêmes
apprennent plus vite que les petits anglais. Il permet également
de comprendre le retard de l'écriture sur la lecture, conséquence
de l'asymétrie des relations graphème-phonème et
phonème-graphème, les premières étant plus
régulières que les secondes (voir encadré 1). Il
permet aussi de rendre compte du fait qu'on trouve des dyslexiques, même
en espagnol. En effet, l'enfant qui apprend à lire dans une écriture
alphabétique - quelle qu'elle soit - et qui ne s'est pas construit
des catégories précises pour chacun des phonèmes
de sa langue, va difficilement pouvoir relier les graphèmes aux
phonèmes correspondants, ce qui semble être le cas des dyslexiques.
La dyslexie pourrait donc principalement provenir d'un déficit
du système de traitement des sons de la parole. La sévérité
des difficultés de lecture dépendrait de l'ampleur de ce
déficit et les différentes manifestations relèveraient
de facteurs environnementaux : leur langue maternelle, leur milieu socioculturel
et les rééducations dont ils ont pu bénéficier
; elles dépendraient aussi des stratégies de compensation
qu'ils ont pu mettre en place.
La place centrale du système de traitement des sons de la parole
dans l'explication de la réussite et de l'échec de l'apprentissage
de la lecture peut être due au fait que les bases neuronales permettant
de traiter le langage écrit se sont mises en place, dans l'histoire
de l'humanité comme dans celle du petit d'homme, après celles
utilisées pour traiter le langage oral. Il n'est donc pas surprenant
que l'enfant s'appuie d'abord sur ce qu'il connaît - son langage
oral - pour apprendre à lire, ce d'autant plus que le recours au
décodage est peu coûteux pour la mémoire : il suffit
en effet de mémoriser un nombre limité d'association régulières
entre graphèmes et phonèmes, plus quelques exceptions, pour
lire. Et même quand l'écriture permet de s'appuyer sur une
procédure globale (très coûteuse pour la mémoire),
comme en chinois ou en japonais, on utilise pour l'apprentissage de la
lecture une écriture alphabétique ou syllabique, qui rend
possible l'utilisation d'une procédure analytique, les signes logographiques
n'étant introduits que très progressivement.
Encadré
1. A propos de l'orthographe du français
Comme le soulignait Voltaire, membre de l'Académie Française
en charge de l'épineux problème de la réforme
de l'orthographe, " l'écriture est la peinture de la voix,
plus elle est ressemblante, meilleure elle est ". Malheureusement,
ce n'est pas tout à fait le cas, surtout en raison du conservatisme
de certains de nos académiciens, qui ont voulu " suivre
l'ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d'avec les
ignorants et les simples femmes "8. Mais même si notre
orthographe n'a pas été régulièrement
réformée comme il l'aurait fallu, notre système
d'écriture est avant tout un système phono-centré,
dans lequel les lettres ou groupes de lettres - appelés graphèmes
- retranscrivent les sons de l'oral - les phonèmes - plus quelques
éléments non phono-centrés, comme les marques
du pluriel (le "s" à la fin d'un nom ou le "nt"
à la fin d'un verbe). Or les correspondances entre graphèmes
et phonèmes sont largement régulières dans notre
langue(10). On relève toutefois une forte
asymétrie entre lecture et écriture. Par exemple, alors
que "Minotaure" ne peut se lire que d'une seule façon,
il existe plusieurs possibilités d'orthographier ce mot et
choisir celle qui est correcte n'est pas aisé ! Cela signale
qu'il ne faut pas confondre lecture et écriture
et qu'il
faut éviter de qualifier de "dyslexique" l'enfant
qui fait quelques fautes d'orthographe. |
Encadré
2 : un exemple en chinois

|
|
Encadré
3. Dyslexie et Problèmes visuels
Les confusions entre "p" et "b", ou entre "b"
et "d", comme les inversions de séquence de type
"ble" - "bel", sont qualifiées d'erreurs
visuelles. Or "p" et "b", comme "b"
et "d", sont également proches sur le plan sonore,
les phonèmes correspondant à ces lettres ne se distinguant
que par un seul trait, le voisement dans un cas (quelques milli-secondes
en plus de vibration des cordes vocales différencient /p/
de /b/), le lieu d'articulation dans l'autre (b/d).
| Lieu d'articulation |
Bi-labial |
Apico-dental |
| voisement - |
p |
t |
| voisement + |
b |
d |
Pour
montrer que les confusions entre p/b sont visuelles, il faudrait
que ces erreurs ne concernent que ces deux lettres, et non t/d.
Or ce n'est pas le cas. Les erreurs d'inversions peuvent aussi s'expliquer
par des principes liés à la structure syllabique,
ce qui permet de comprendre pourquoi la dernière syllabe
du mot "table" ne se prononce pas de la même façon
en français et en anglais, le français ayant une préférence
pour les syllabes se terminant par une voyelle, la tendance inverse
caractérisant l'anglais. On ne peut donc pas dire que ces
erreurs sont visuelles. Toutefois, des déficits subtils dans
le traitement d'informations visuelles ont été relevés
dans des études récentes, mais les données,
encore peu nombreuses, sont contradictoires(9).
L. S.-C.
|
NOTES et
BIBLIOGRAPHIE
. Il faut distinguer cette forme de dyslexie (dite dyslexie du développement),
qui est liée à l'apprentissage de la lecture, de la dyslexie
qui survient chez un adulte qui a su lire et a perdu cette capacité
suite à une lésion cérébrale (on parle dans
ce cas de dyslexie acquise).
2. Spinks, Liu, Perfetti & Tan (2000). Reading Chinese characters
for meaning: The role of phonological information. Cognition, 76, 1-11.
3. Morais (1998). Apprendre à lire. Paris: Odile Jacob (Observatoire
National de la Lecture).
4. Sprenger-Charolles & Casalis (1996). Lire. Lecture/écriture:
acquisition et troubles du développement. Paris: PUF (Psychologie
et sciences de la pensée).
5. Booth, Perfetti & MacWhinney (1999). Quick, automatic and general
activation of orthographic and phonological representations in young readers.
Developmental Psychology, 35, 3-19. Plaut & Booth (2000). Individual
and developmental differences in semantic priming. Psychological Review,
107, 786-823.
6. Paulesu et al. (2000). A cultural effect on brain function. Nature
Neurosciences, 3, 1, 91-96. Paulesu et al. (2001). Dyslexia, Cultural
diversity and Biological unity. Science, 291, 2165-2167.
7. Serniclaes, Sprenger-Charolles, Carré & Demonet (2001).
Perceptual categorization of speech sounds in dyslexics. Journal of Speech
Language and Hearing Research.44, 384-399.
8. Citation tirée des Cahiers de Mézeray (pour une histoire
des réformes de l'orthographe, voir l'ouvrage de Catach : L'Orthographe,
PUF, Collection Que sais-je ?)
9. Ramus (2001). Talk of two theories. Nature, 412, 393-395.
|