| Lobjet du présent article est de proposer une réflexion sur les types de dysphasies, létablissement du diagnostic, leurs prise en charge et les évolutions envisageables. Un problème terminologique Le qualificatif " Dysphasique " relève de la clinique de lenfant. Mais il est ambigu. Pour certains auteurs, il sapplique à des enfants sans langage, tandis que pour dautres il désigne des enfants qui conservent un langage, quoi que celui-ci soit gravement perturbé. La raison de cette obscurité est double. Dun côté, le fait que le préfixe " dys " signifie " mauvais, fautif, autre quil ne faudrait " et quen tant que tel il nexclut pas la préservation partielle de la faculté définie par le radical du terme auquel il est associé. Cest dailleurs la valeur quon lui trouve dans " dyslexie " ou " dyspraxie ". Dans lun et lautre cas, il sagit souvent dune atteinte grave de la faculté sans pour autant que cette faculté soit en tout annihilée. Cette lecture du préfixe est confortée par lexistence parallèle du préfixe " a- ", " alpha privatif ", lequel permet de construire un terme désignant cette fois de manière explicite labsence totale de la faculté inscrite au radical. Cest ce préfixe que lon rencontre dans alexie ou apraxie par exemple. Le parallèle terminologique entre alexie/dyslexie dun côté et aphasie/dysphasie de lautre, tout comme le fait que dyslexie et dysphasie dune part alexie et aphasie de lautre constituent des troubles fréquemment associés, a largement contribué à lextension du terme de dysphasie vers des cas où la faculté de parole de lenfant est relativement préservée quoique sévèrement perturbée. Cependant, à linverse, dautres auteurs, ont réservé le terme de dysphasie aux cas où labsence totale de langage est avérée chez un enfant. Pour eux en effet, le terme daphasie de lenfant (qui serait étymologiquement le seul convenable) doit être écarté en raison du parallèle quil suggère à tort avec laphasie chez ladulte. A leurs yeux en effet, labsence de langage chez lenfant diffère crucialement de ce quelle peut être chez ladulte puisque, chez ladulte, elle résulte de la perte dun langage préalablement acquis, ce qui nest évidemment pas le cas chez lenfant. Dans ce qui suit, on restreindra lusage de ladjectif dysphasique à la désignation des seuls enfants de trois ans et plus chez lesquels on constate une absence totale de langage constitué. Reste à préciser ce quil faut entendre par " absence totale de langage " ou " absence totale de langage constitué ". Ce quon appelle absence de langage constitué Il est dordinaire relativement aisé de faire la différence entre les enfants qui présentent un trouble du langage qui entrave la communication, et ceux qui, sans avoir un langage conforme, parviennent, comme lon dit, à comprendre et à se faire comprendre. Ceux qui parviennent à préserver la communication peuvent avoir une mauvaise prononciation, une syntaxe erratique, un vocabulaire très pauvre, mais avec eux la communication reste aisée. En situation duelle, on les comprend et ils semblent vous comprendre. Il y en a dautres en revanche, qui ne vous comprennent pas ou que l'on a du mal, soi-même, à comprendre. Certains ne parlent pratiquement pas, restent repliés sur eux-mêmes jusqu'à fuir le contact. Dautres se lancent dans des mélopées abondantes et bien intonnées, mais le contenu de ce qu'ils disent reste incompréhensible... Dautres encore sont en mesure de dire quelques mots, mais pas de manière spontanée, ni signifiante ou appropriée. Leur capacité se borne alors à dénommer des objets présents. Parfois, certains domaines de la parole automatique (au sens de Jackson) demeurent préservés, ce qui permet lexpression de certaines onomatopées affectives ou bien encore de formules sociales ritualisées (salutations et formules de politesse). Parfois, le versant de lécrit (lecture et/ou écriture) est partiellement épargné. A notre avis, pour parler de dysphasie, il faut tout dabord que lon puisse constater chez lenfant une disparité flagrante entre sa capacité de parole et le reste de ses fonctions supérieures (au sens de Luria : intelligence générale, motricité générale et motricité fine, etc...). Il paraît difficile de parler de dysphasie chez certains enfants présentant des déficits neurologiques larges affectant lensemble des facultés supérieures. Nous ne parlerons donc de dysphasie que si le langage noccupe pas la place qui lui revient dans lensemble des processus symboliques de lenfant, autrement dit, sil ne parvient pas à se servir du langage dans léchange avec autrui et dans le dialogue avec sa propre pensée. Il ny a plus dysphasie, mais langage insuffisant dès lors que lenfant est en mesure dutiliser la parole pour désigner à autrui un contenu de pensée (désir, crainte, etc...) à partir de ce quil voit. En revanche, la préservation de fragments linguistiques, de bouts de langage, isolés de la relation ne saurait suffire à exclure le diagnostic de dysphasie. Bien entendu, tant lors de lexamen que du traitement, il est capital de réfléchir à la valeur symptomatique de ces rémanences. Il est également essentiel dapprécier les différences de qualité que présente la production linguistique de lenfant en fonction des conditions dans lesquelles il se trouve. Le repérage précis des conditions qui infléchissent les expressions du trouble est dordinaire riche denseignement et dune grande valeur heuristique pour la réflexion thérapeutique. En dautres termes, les conditions dans lesquelles sobserve lémergence des difficultés dun enfant font parties intégrantes de la description fine de son trouble. La question de lexamen de langage Les tests et le langage spontané La plupart des tests reposent sur des répétitions de sons de rythmes, de mots ou dénoncés, ainsi que sur des dénominations à partir d'images, et des exécutions d'ordres donnés oralement. En raison du caractère nécessairement artificiel de la situation dexamen, et du fait que les tests sont dordinaire tournés vers la quantification des aptitudes plus que vers la recherche dindices symptomatiques de la place du langage dans la psyché de lenfant, les protocoles classiques font en général peu de place au comportement verbal spontané de lenfant. Par comportement verbal spontané, on désigne par exemple lusage des formules de politesse " automatisées " (" au revoir " ou " bonjour "), celui des ordres simples (" donne ", " attend ", " à moi "), la désignation dobjets (" ça "), expression dune volonté (" non " ou " encore ") lexpression daffect (" oh ", " ah ", " bravo "), la capacité à former un constat simple sur la modification de la situation présente, (" boum ", " apu " ou " parti "), le recours spontané à lonomatopée dans laccompagnement de jeux divers de manipulation ou autre (" broum broum " ou " tut tut "). Or la rémanence de tels usages spontanés est des signes prédictifs souvent décisifs. A notre sentiment, la qualité de langage dun enfant en grande difficulté linguistique ne se mesure pas uniquement à la richesse de ses productions. Elle se mesure également à la façon quil a de se servir de ce quil parvient encore à produire. Entre un petit garçon qui est capable de dire " voiture " ou " avion " devant un modèle réduit de voiture ou davion, mais qui lorsquil joue avec lun ou lautre ne fait ni " broum broum " ni " tut tut " et un autre petit garçon qui, à linverse, ne dirait ni " avion " ni " voiture " mais qui ferait spontanément " broum broum " ou " tut tut " en se servant dune voiture, le plus démuni nest pas nécessairement celui dont le vocabulaire est le moins étendu. Dans un souci daider lenfant à développer son langage, il arrive que le pédagogisme des adultes ait pour effet pervers de convaincre lenfant que le langage ne sert quà répondre à des demandes de dénomination sur images. Cest ce qui peut expliquer que le premier des deux petits garçons puisse dire " avion " et " voiture " sans dire " pin pon " en poussant une voiture de pompiers. Inclure le langage spontané de lenfant dans lévaluation de ses capacités linguistiques a une incidence clinique décisive : elle permet dimaginer son évolution. Et de cette représentation dépend le choix du dispositif thérapeutique que lon va être amené à formuler (petit groupe, psychothérapie, orthophonie, orthophonie dinspiration aphasiologique, psychomotricité, traitement mère/enfant) Lexamen de langage Quel dispositif adopter pour évaluer la qualité des embryons de conduite linguistique spontanée dont un enfant dysphasique peut encore disposer ? Sur quoi faire porter lobservation, dès lors que lon est convaincu que le contenu du langage dun enfant nest pas la seule donnée à prendre en compte lorsque lon cherche à préciser la valeur de ses aptitudes linguistiques et la manière de les faire évoluer. Sans entrer dans le détail, on peut plaider avec M.F. Bresson, pour un examen en deux temps et en présence des parents. La présence des parents permet bien souvent de préciser à la fois le type de langage adressé à lenfant (injonctif, descriptif, émotif, etc...) et la façon dont les parents prennent en compte les productions spontanées de lenfant (sils le comprennent ou pas, la manière dont ils rectifient ses énoncés, etc...). Le fait dexaminer lenfant à deux reprises permet de voir comment il est à même dutiliser le langage pour mettre en jeu, la seconde fois, le passé commun qui a pu sorganiser entre lui-même et ladulte auquel il se trouve confronté. Il permet également de mesurer les effets thérapeutiques éventuels de la première rencontre, autrement dit sa " mobilisabilité ". Lexamen porte sur les trois axes essentiels à la construction et à lorganisation de la fonction linguistique : capacités dinteraction et de communication non verbales, capacités cognitives, capacités proprement langagières. Communication et interaction On sera dabord attentif à la qualité de linteraction que lenfant organise avec ses parents tant en deçà du langage (gestes et mimiques) quau travers de ses tentatives langagières. Sagissant de la communication mimique et gestuelle, en amont du langage, on notera par exemple si lenfant est capable de manifester plaisir-déplaisir étonnement et intérêt, sil est capable de gestes conventionnels, du pointage (sur limage ou sur le son). Puis, on sefforcera de mesurer la qualité de linteraction quil développe à lendroit de ladulte, sil le sollicite, sil sadresse véritablement à lui ou sil se contente de linstrumentaliser, nentrant alors dans une procédure déchange que pour obtenir quelque chose de ce dernier sans accepter linstauration daucun jeu ni léchange des rôles et des places. On notera à linverse, sil est capable dafficher des intentions autonomes sans nécessairement quêter le soutien, lapprobation ou linterprétation de sa mère ou de son père. Bien entendu, on sintéressera également aux types de réponses que les parents proposent, comme à la façon dont elles peuvent varier au cours dun même entretien. Sagissant des tentatives proprement langagières, on observera si lenfant a conscience de son trouble et la façon quil a de le gérer. On sera ainsi particulièrement attentif à ses réactions devant lincompréhension dautrui (ou ses difficultés à lui de comprendre autrui). On notera en particulier si la difficulté lui fait lâcher prise ou bien au contraire sil est en mesure de recourir à des stratégies de détour tant pour se faire comprendre (en réitérant et en reformulant ses demandes) que pour se faire clarifier le contenu dun propos. Parallèlement, on notera la façon dont les parents accueillent son trouble, sils le tolèrent et comment, sils parviennent à comprendre leur enfant, et lorsque cest le cas, si lenfant se voit signaler ses impropriétés de formulation. Dans ce dernier cas, bien entendu, on sera particulièrement attentif à la façon dont on procède, si lon fait mine de ne pas le comprendre lorsque son expression est fautive, quon lui propose une formule dont on exige quil la répète, etc... De même la façon dont on accueille ses performances nest pas sans intérêt. Par ailleurs, au-delà de laccueil du trouble, on sefforcera de noter la qualité de laccordage dont lenfant peut bénéficier (la façon dont on soutient ou non ses efforts de formulation, la rapidité avec laquelle on rentre dans laccordage dattention quil peut initier, si lon accepte les thèmes déchange et de communication quil propose, etc...). Dans cet échange, on notera également, la façon dont les parents eux-mêmes peuvent organiser un dialogue devant un tiers (sils lincluent, lexcluent, se modèlent sur ses propositions) Compétences cognitives Lexamen est également loccasion de préciser les compétences cognitives dont lenfant fait usage spontanément. Dans le registre de la motricité générale et de léchange, on notera sil est en mesure dimiter un geste. Dans le registre de la motricité fine, on verra comment il sy prend pour saisir les objets, les disposer, les encastrer. Dans le registre de la vue, on sera attentif à déventuelles négligences dune partie du champ visuel, à diverses tendances à lanosognosie ou à la simultagnosie ; ou enfin à déventuelles difficultés à réinvestir dans le champs de la motricité des informations perçues par le canal de la vue (déficience de lintermodalité). On notera également linvestissement quil a de son schéma corporel devant le miroir. On observera, bien entendu, ses capacités de dessin et décriture. Sagissant de la mémoire, on sefforcera de préciser au second entretien, ce qui est mobilisable du premier et la façon quil a dy faire allusion. Enfin, la seconde séance sera également loccasion de mesurer la façon dont certaines praxies ont pu être restaurées à la faveur de telle ou telle suggestion du thérapeute. Compétences linguistiques Lexamen des compétences linguistiques étant le plus documenté dans la littérature du sujet, on en restera ici à quelques remarques générales ou au contraire à certains points trop souvent négligés. Sagissant des compétences de base, on sassurera tout dabord que lenfant a une bonne audition dans la bande correspondant au langage. Puis on vérifiera quil ne présente pas dapraxie bucco faciale (difficulté à déglutir, souffler, tirer la langue, faire des grimaces) ou de parésie. Sur le plan de la compréhension, outre la question des contenus, on sassurera quil comprend le ton dune injonction dune question et quil les distingue du constat. De la même façon, on verra si son usage spontané de lintonation est en place et sil distingue entre question-refus ordre exclamation. De même on mesurera ses capacités de répétition, et notamment ses répétitions spontanées. Enfin, on notera la qualité de ses conduites verbales, et le cas échéant, sil parvient à construire un thème de discussion voir à reprendre celui dautrui. Dans un certain nombre de cas, des enfants qui nont pas organisé de langage disposent cependant de capacités linguistiques tout ensemble atypiques et paradoxales quil convient, bien entendu, de noter puis dinterpréter. Elles concernent en général des champs noétiques extrêmement structurés tels que celui du nombre. Les enfants sont alors capables de lire les nombres écrits avec des chiffres, de dire le nom des chiffres de un à dix sans pour autant être nécessairement en mesure de compter des objets. Dautres sont capables de nommer les couleurs ou les formes. Dautres enfin, parfois (mais non nécessairement) en raison de lentraînement dont ils ont été lobjet, sont en mesure de dénommer des objets présents ou dont on leur présente des images. Parmi ces enfants qui ne parlent pas, certains disposent sur le plan de lécrit daptitudes largement décalées. Daucuns sont capables de lire certains mots, dautres de les écrire ou de les copier. Parfois ces facultés atypiques ne sont pas de bon aloi, et lun des enjeux du travail thérapeutique est alors de les reverser dans le courant de léchange et de linteraction. Variété de la dysphasie La plupart des descriptions nosographiques saccordent à distinguer deux fois deux ordres de dysphasie chez lenfant. Il y a tout dabord une opposition majeure entre les enfants chez lesquels labsence de langage constitue le symptôme essentiel, et ceux chez lesquels il constitue un trouble associé. Dans le premier cas, la dysphasie présente une certaine parenté avec laphasie de ladulte. Dans lautre cas, elle soriente vers lautisme et la psychose infantile. Ce second type de dysphasie est parfois appelé trouble de la communication ou de la pragmatique, en raison dune pudeur qui contraint les auteurs à envisager la dysphasie sous toutes ses formes comme un trouble purement instrumental. A son tour, chacune des deux branches respectivement désignées comme troubles du langage (polarité aphasique), dune part et trouble de la communication (polarité autistique ou psychotique) dautre part, se subdivise en deux. Le versant " trouble du langage " oppose la tendance économe mesurée (qui rappelle laphasie de Broca) et la polarité prolixe peu contrôlée (qui rappelle laphasie de Wernicke). De même, le versant " trouble de la communication " permet dopposer dun côté une tendance autistique et de lautre une tendance psychotique. Cette seconde dichotomie reste la plus problématique. On va revenir un peu plus bas sur les signes cliniques qui orientent le diagnostic. Mais demblée deux points méritent dêtre conservés en lesprit : dune part que le trouble à polarité aphasiologique (dit trouble du langage) nest nullement dépourvu dincidences psychologiques. Il nest jamais pur deffet associé sur le plan psychique. Il est clair que, particulièrement chez un enfant, mal parler ou mal comprendre ce que lon vous dit, est de nature à perturber la relation qui peut sinstaurer avec autrui comme la confiance que lon peut avoir en sa propre pensée. La défaillance de lappareil à parler peut contribuer à déstabiliser lappareil à penser et à communiquer. Il en résulte comme bien on peut le prévoir une certaine tendance à lhyperactivité. Dautre part, la répartition nosographique que lon sapprête à développer na dintérêt que pour autant quelle permet, devant un enfant donné, de faire ressortir ce qui constitue la singularité du trouble quil présente, et notamment les capacités atypiques, imprévisibles dont il fait montre et par lesquelles il se démarque de la structure générale et de la catégorie à laquelle le reste de sa symptomatologie semble par ailleurs le rattacher. En effet, cest souvent en faisant levier sur les capacités par lesquelles un enfant se distingue du type que lon parvient à faire évoluer ses aptitudes. Dans louvrage intitulé Troubles du langage, perspectives pragmatiques et discursives de G. de Weck - Delachaux et Niestlé 95, lintroduction propose une classification qui reprend celle dIsabelle Rapin et Doris Allen telle quelle figure dans : Developmental Language Disorders : Nosologic considerations qui figure dans U. Kirk Ed : Neuropsychology of language, reading and spelling Academic Press New York 1983 pp 155-184. Elle se rapproche de celle proposée par Dugas. Et si lon y regarde bien, elle ne se distingue pas fondamentalement de celle proposée naguère par Ajuriaguerra et Diatkine. Cest ce fond commun que lon va discuter en prenant pour point de départ les propositions de Rapin et Allen mais en rappelant les catégorisations plus anciennes chaque fois que la chose est possible. On ajoutera ça et là quelques hypothèses personnelles. La dysphasie comme trouble principal Les auteurs distinguent tout dabord selon que la dysphasie constitue un trouble essentiel ou un trouble associé à un dysfonctionnement de la communication Le premier type de trouble dont la polarité rappelle celle des troubles aphasiques doit encore être diversifié selon quil sagit dun trouble de la production ou de la reconnaissance de la parole Dans lun et lautre cas, il y a peu ou pas de troubles autistiques associés. La prosodie comme la relation à lautre est bonne. Le langage gestuel est adéquat. Enfin, la pragmatique linguistique, les embryons de " conduites linguistiques " (demandes, manifestations daffect, pointages) sont également en place. Lorsque le déficit affecte plus le versant de loral que celui de lécrit, il peut arriver que certaines capacités de production ou de compréhension écrite soient préservées et contribuent à la récupération de loral. Sur le versant de type " Broca ", correspondant aux " économes mesurés " de la terminologie dAjuriaguerra reprise par Ajuriaguerra et Diatkine, la compréhension est préservée. Le trouble affecte la production des énoncés. Dans ce registre, les auteurs distinguent, selon le degré de gravité entre syndrome phonologico-syntaxique et syndrome sévère de lexpression de la parole. Le syndrome phonologico-syntaxique, le moins lourd des deux, se manifeste par un langage agrammatique de plus de deux mots (style télégraphique). Les troubles phonologiques quon y observe affectent lorganisation des phonèmes dans la chaîne du signifiant (omissions, substitutions, assimilations). Il sagit de trouble de lorganisation séquentielle, contextuelle, des éléments à produire. La différenciation des traits phonétiques est en revanche bien en place. A cela sont parfois associées des apraxies bucco-faciales plus ou moins marquées (difficulté pour souffler, déglutir, claquer ou de tirer la langue). Lorsque ce trouble est plus marqué les auteurs parlent de syndrome sévère de lexpression de la parole. Et dans ce cas, les énoncés de lenfant sont restreints à deux mots. Toujours dans le registre des troubles du langage, mais cette fois sur le plan de la compréhension, les auteurs définissent plusieurs catégories au sein de ce que la terminologie dAjuriaguerra définit comme prolixe peu contrôlée (on aurait ici envie dévoquer la polarité Wernicke chez ladulte). Dans lun et lautre cas, le déficit essentiel porte sur lidentification de limage acoustique correspondant à un phonème. Dans ce registre les auteurs distinguent encore entre syndrome syntaxique pragmatique et agnosie auditivo-verbale. La différence du trouble est à la fois question de degré et de nature. Dans le syndrome syntaxique pragmatique, le déficit porte spécifiquement sur lidentification du mot à partir de son seul contour sonore. Sil dispose du sens dun mot, lenfant peut trouver sans encombre le programme articulatoire qui permet de réaliser le signifiant qui lui correspond. Mais sil entend ce même mot, lenfant ne peut en identifier le contour sonore que sil peut établir le lien avec le programme moteur qui permet de le prononcer. Ceci nest le cas que si lenfant peut établir une comparaison : en se fondant sur le contexte général du discours, lenfant tente de se représenter lidée que son interlocuteur cherche à lui communiquer, et les mots dont lui-même se servirait à sa place pour lexprimer. Ceci lamène alors à convoquer le programme moteur de ces mots, et le contour sonore qui leur est lié. Une fois quil en dispose intérieurement, il peut alors établir la comparaison avec les mots quil a effectivement entendus et reconnaître la valeur des mots contenus dans le discours qui lui est réellement adressé. La compréhension nest possible que si lenfant peut élaborer à partir dune situation ou dun contexte clair. Si tel est le cas, lenfant peut répondre sans trop derreur aux ordres et aux demandes quon lui formule. Ce quil ne peut faire en aucun cas, cest identifier directement le sens du mot à partir de son contour phonétique, hors de tout contexte. Dans le registre de la production, sil peut dénommer les objets sur image (il peut passer du sens au programme moteur correspondant au mot) en revanche, en parole spontanée, les mots de la syntaxe (déterminants, auxiliaires, prépositions) vont être systématiquement omis, faute de correspondre à un " sens " visualisable. La plupart du temps, la morphologie dérivationnelle est mieux préservée car elle bénéficie dun effet dentraînement : elle est en quelque sorte " amorcée " par la prononciation du lexème plein qui la précède. Souvent, dailleurs, après une période plus ou moins longue où lensemble dune isotopie est rapporté à un terme unique, les enfants affectés de ce symptôme développent progressivement un vocabulaire très précis. Compte tenu des contraintes dévocation qui sont les leurs, leur difficulté est plutôt dadmettre lexistence de synonymes. Parfois, leur souci de motivation sémantique de toute suite de phonèmes, les amène à forger des néologismes, lesquels restent toujours tributaires dune logique identifiable, comparable à ce que lon appelle parfois létymologie populaire. La catégorie générale des prolixe peu contrôlés comprend une seconde sous classe nosologique, lagnosie auditivo-verbale. Elle correspond également à un déficit dans le décodage phonétique donc dans la compréhension, avec parfois des retentissements assez lourds sur la production. Ainsi, il arrive parfois que dans un premier temps, empêchés par leur difficulté didentification des sons du langage, les enfants qui en sont affectés ne parlent pas. Mais leurs capacités de décodage à partir de lécrit, comme leur capacité dinterprétation de la communication non verbale chez autrui (son regard, ses gestes, son intonation) sont bonnes. De manière générale, les retentissements du déficit linguistique sur le fonctionnement psychique dans son ensemble est plus marqué sur le versant prolixe incontrôlé que sur le versant " économe mesuré ". On conçoit que le fait de ne pas comprendre (ou davoir constamment un certain sentiment de flou) dans limage du sens de la parole dautrui puisse contribuer grandement à déstabiliser la pensée dun enfant La dysphasie comme trouble associé Venons en, à présent, à lexamen des catégories pour lesquelles la dysphasie constitue un trouble associé. On la dit, certaines classifications répugnent à parler ici de trouble psychologique et préfèrent conserver lidée dun trouble instrumental de la communication ayant pour effet direct ou indirect un trouble du langage. Certes, sur ce second versant de la dysphasie, la relation à autrui, et parfois certains aspects discrets de la cognition (vision notamment) sont affectés. Mais le trouble psychique est majeur. En reprenant la catégorisation nosographique de Rapin et Allen, on distinguera trois sous catégories. Les deux catégories relèvent de lautisme. Lune associe une aphasie congénitale à lautisme et se solde par une absence totale de productions linguistique, fut-ce écholalique. Certains sons stéréotypés (bruits de succion et roulements de langue sonorisés), particulièrement fréquents dans les moments dexcitation rappellent parfois par leur rôle et leurs conditions démergence la place que tient le " mot de prédilection " que les grands aphasiques de Broca non-démutisés répètent sans sen rendre compte chaque fois quils tentent de dire quelque chose. Dans un premier temps, ceci peut dailleurs amener le thérapeute à demander à lenfant de garder le silence afin dinhiber cette production involontaire qui court-circuite toute émergence ultérieure du langage. La seconde catégorie de dysphasie autistique, en revanche, nest pas associée à laphasie. Lenfant y manifeste des capacités décholalie directe puis différée. De manière générale, dans lensemble de ces deux catégories, on retrouve des problèmes graves dans le registre de la communication non verbale, tant dans la production que dans linterprétation des signes manifestant les intentions les attentes et les émotions. Pas de sourire, ni de manifestation du plaisir ou de douleur, pas de contact visuel. Pas de jeu symbolique avec autrui. Lenfant sorganise régulièrement dans une activité autarcique et répétitive qui lui permet de se tenir à lécart de la relation. A lopposé, dans lordre des capacités cognitives, la modalité du visuel est particulièrement efficace. On connaît la faculté des enfants présentant des traits autistiques à construire des puzzles, à différencier des objets de nature proche comme des clefs. Au demeurant, elle se marque plus dans laxe de la différenciation et de la séquencialité ou dans lordre de lassociation dobjets identiques que dans lordre de la capacité à apparier des objets proches qui ne sont cependant pas identiques. Dans le registre de la motricité fine, les capacités vont parfois jusquà permettre à lenfant la copie, lécriture et la lecture de mots dont le sens lui est parfois accessible (hyperlexie). Contrairement à ce que lon observe sur le versant aphasiologique de la dysphasie, les capacités de lecture et décriture demeurent passablement fragmentaires et souvent peu directement interprétable quant à leur valeur dans la communication instituée avec ladulte. Lorsque la parole apparaît, elle émerge tout dabord comme une forme décholalie puis décholalie différée ou de la répétition de fragments de discours enregistrés (spots publicitaires par exemple). Les inversions pronominales y sont fréquentes et la prosodie est en général mauvaise (plate ou directement copiée sur la parole de ladulte qui a pu lui servir de modèle). Toujours sur le versant du " trouble associé " mais cette fois dans le registre de la psychose infantile, on trouve le " syndrome pragmatique sans autisme ". Cette forme de trouble se confond aisément avec la dysphasie de lenfant autiste écholalique. Ici, comme chez lenfant autiste écholalique, le contenu du langage peut être relativement structuré, riche et délié. Cest son adéquation à la communication et à léchange qui est peu ou pas en place. Ceci se manifeste parfois au niveau de lintonation. Mais surtout au niveau de " sautes " dans le discours tenu par lenfant qui semble tout à trac proférer des paroles sans lien direct avec léchange en cours. La pensée primaire, la phantasmatisation (les désirs, les peurs et les phobies, tout ce qui est vécu en imagination) prend alors le pas sur la réalité de léchange. Le langage extériorisé est une verbalisation du cours de la pensée intérieure, sans que soit prise en compte de lintelligence que linterlocuteur peut en avoir. Dans ce type de situations, le discours de lenfant constitue alors une réaction, un équilibrage ou un développement de la situation imaginaire qui lhabite. Il sensuit alors chez ladulte un sentiment de gêne et de malaise face à lenfant dont les propos ont incontestablement un sens, sans que celui-ci soit nettement accessible. Dun point de vue psychanalytique, les distorsions langagières sont bien liées à une perte du sens de la réalité, ou plutôt à une prévalence dune parole en lien avec le fantasme sur une parole en lien avec léchange dans la réalité. Le discours ne peut se comprendre que si lon tient compte de ce fait. En cela le terme de psychose infantile parait parfaitement convenir. Cette catégorie avait été bien repérée tant par Ajuriaguerra que par Diatkine. Au demeurant, il arrive quune difficulté dans linterprétation des intentions dautrui accuse la ressemblance avec lautisme, ou bien quinversement une difficulté à identifier le contour sonore des mots (comme chez les prolixes peu contrôlés) ne fasse songer à une dysphasie de type aphasique, le trouble psychique étant alors une conséquence du trouble du langage. La différence diagnostique entre la dysphasie de type autisme écholalique et la dysphasie de type psychose infantile est donc difficile à établir, dautant que lun des devenirs possibles de lautisme peut prendre laspect de la psychose infantile. Toutefois, de manière schématique, la différence entre lun et lautre se manifeste à deux niveaux : dans les interactions dune part, et dans les stratégies cognitives de lautre. Linteraction des enfants psychotiques est infiniment plus riche que celle des enfants autistes. En outre, dans la qualité du " décrochage " nest pas la même dans les deux cas. Pour autant quon en puisse juger, lenfant autiste se réfugie dans une activité motrice stéréotypée où ladulte nest jamais clairement pris à témoin dun fantasme ou dun imaginaire (ce qui nimplique pas nécessairement quelle soit absente). En revanche, face à un enfant psychotique, un adulte attentif et familier de lenfant peut souvent imaginer " à quoi pense " lenfant dont le discours semble soudain " décrocher ". Il peut alors saisir en quoi le recours à une verbalisation apparemment dépourvue de lien avec léchange en cours est au contraire une façon déquilibrer une excitation indirectement suscitée par léchange lui-même. Dans le registre de la cognition, la différence est également sensible. Dans son abord du monde des objets et dans la réalisation de ses projets moteurs, lenfant autiste semble procéder par explorations méticuleuses et fragmentaires, par différenciations aussi. Lenfant psychotique, au contraire semble plus enclin à définir des associations et des identifications selon les représentations densemble et la façon quil peut avoir dorganiser le monde extérieur au gré de ses préoccupations intérieures. Le mode de prise en charge Dans la prise en charge dun enfant dysphasique, le propos est souvent double. Il sagit dune part de développer la fonctionnalité du langage et dautre part den développer le contenu et la diversité. Au chapitre de la fonctionnalité, le travail doit permettre à lenfant de verser ses capacités linguistiques dans un double registre : celui de la communication et de léchange avec autrui dune part, mais également celui du dialogue avec soi et de lobjectivation de sa propre pensée. Pour développer ces différents aspects, il est évidemment nécessaire de donner à l'enfant le sentiment quon ne lui fait pas une leçon de langage. Comme lon sait, la langue maternelle ne sapprend pas. Elle sacquiert dans certaines conditions que le travail thérapeutique doit sefforcer de créer. Contrairement aux différentes attitudes pédagogiques, ce qui fait la spécificité du travail linguistique avec un enfant dysphasique tient à ce que tout doit partir de lui. Il doit mener le jeu. Pour que les conduites linguistiques puissent prendre leur place dans le registre de léchange, il conviendra dabord de conforter les capacités de communication pré-langagières de lenfant, en le laissant constamment maître du jeu. De manière générale, la communication et léchange non langagier articulent trois vecteurs majeurs : la capacité à manifester et à reconnaître lexpression des sentiments, la capacité à utiliser le geste et la mimique pour exprimer ses désirs ses anticipations et ses rétrospections, et enfin la capacité à échanger les rôles avec autrui dans le cadre du jeu. Cette dernière aptitude est évidemment décisive comme précurseur de léchange des rôles de locuteur et dauditeur dans le dialogue, mais elle constitue également un préalable à la possibilité daccepter de voir changer la valeur dun marqueur linguistique (il faut en effet quun enfant puisse progressivement admettre, par exemple que l'article " un " puisse servir à définir une identité catégorielle dans un cas et un individu quelconque dans un autre cas). Le travail du thérapeute consiste à étayer, développer complexifier ou parfois contrarier légèrement le propos dun enfant afin de lamener à lexprimer de manière plus nette et plus précise. Dans un premier temps, le souci du thérapeute pourra être de laisser se créer un univers restreint dans lequel il sera plus aisé de définir le thème des échanges. Ceci sobtient en laissant sétablir des répétitions qui permettent à chacun des participants de savoir sur quoi va porter leur communication. Les routines forment progressivement des lieux communs. On peut ainsi laisser la répétition se stabiliser. Lintérêt que lon porte à chacune des phases qui la composent permet de les constituer en objet aisément discible. Cette facilitation dans la construction du thème est décisive. Lenfant apprend à signifier lorsquil souhaite voir se mettre en place une phase ultérieure. De la sorte, cest lexpression préverbale dune anticipation et dun désir qui se trouve facilitée Mais indépendamment de cela, la construction d'une répétition stable et différenciée contribue à lémergence du signe. En effet, dans une succession de phases, tout événement devient le signe précurseur de celui qui le suit. Ce statut de signe précurseur est également fondé sur le souvenir des occurrences de la même séquence lors de séances de travail antérieures, et lenfant sait que ce savoir est un savoir partagé. Sous le regard conjoint, un événement dans une succession prend ainsi valeur dannonce d'un événement à venir (ou valeur de rappel de lévénement qui a précédé). Grâce à la fixité, chaque étape dans une succession se trouve promue au statut de signifiant correspondant à deux signifiés, l'étape qui suit et l'étape qui a précédé. Il y a création d'un signe : un signifiant visible (un geste) peut-être mis en relation avec un signifié invisible (lévénement qui a eu lieu ou celui qui va avoir lieu). La communication devient alors possible. Elle dispose dun cadre. La parole peut alors venir ponctuer les étapes qui la scandent. Il arrive toutefois trop fréquemment que la répétition se fige en rituel. Lorganisation dosée dun conflit ou dune perturbation dans le déroulement du scénario peut contribuer au développement des conduites linguistiques de lenfant en le contraignant à exprimer ce quil souhaite avec une vigueur renforcée. Lexpérience montre qu'un enfant ne fait l'effort de se représenter les choses (de les mettre en représentation puis en mots) que quand il est confronté à un écart entre ce qu'il prévoyait et ce qui se passe réellement. Quand il sattend à trouver un objet à une place donnée, et que celle-ci est vide, par exemple. En perturbant le rituel, on peut favoriser la naissance d'une représentation verbalisable. Lorsque lenfant est en mesure de croiser la dimension de lexpression des affects, des intentions du jeu et de léchange alterné, les trois dimensions essentielles de la communication pré-langagière sont en place et lémergence du langage dans le cadre de la communication peut alors sorganiser plus aisément. Sagissant des conduites proprement linguistiques, le travail thérapeutique vise encore à développer et à enrichir les propositions spontanées de lenfant. On laidera ainsi à construire un thème verbal, pour favoriser ensuite sa saisie dun thème proposé par autrui. Enfin, on le conduira à certaines opérations symboliques plus complexes telles que celles qui président à lorganisation du récit. Dans le registre du dialogue avec sa propre pensée, on amènera lenfant à exprimer tout autant ce quil ressent que ce quil désire ou ce quil observe concernant létat du monde. On lui apprendra par exemple à se servir du langage pour formuler des différences observées et préciser ses comparaisons. On laidera également à se servir du langage pour soutenir son évocation des objets absents et développer les différentes phases dun projet avant sa mise à exécution. Par ailleurs, bien entendu, il sagira aussi délargir le registre des aptitudes mécaniques propres au langage de lenfant (extension du vocabulaire, allongement et complexification des énoncés). Léventail du dispositif thérapeutique et les indices de choix ; La prise en charge de lenfant dysphasique peut se faire selon des modalités variées : psychothérapie à visée logopédique, orthophonie, travail en petit groupe, thérapie mère/enfant, psychomotricité. Il est, bien entendu, passablement difficile de définir dans labstrait les critères qui permettent dorienter le choix. Pour dire les choses de façon un peu caricaturale, on aura recours, dans un premier temps à la thérapie mère enfant lorsquil apparaît quune partie des difficultés rencontrées par lenfant peut être en relation avec la façon dont le liensest stabilisé entre la mère et lenfant sans permettre à ce dernier détablir un espace " de solitude devant la mère " (pour reprendre la formulation de Winnicott). Le travail mère enfant peut être également pour la mère loccasion de retrouver un certain plaisir à échanger avec lenfant sur un mode qui ne soit pas uniquement préoccupé de progrédience linguistique, ceci surtout si le thérapeute insiste sur leffet décisif du plaisir de fonctionner ensemble et le nécessaire renoncement à des exigences de progrès à courte vue. Si lenfant fait montre de difficulté motrice ou cognitive importante, ou bien sil a constamment besoin de recourir à un espace vaste pour organiser sa relation à ladulte, si toute restriction à son activité motrice fait surgir des manifestations de caractère insurmontables, le travail de psychomotricité peut constituer un préalable essentiel à la mise en place dune motricité plus construite, à un ressenti plus diversifié et moins fruste permettant lémergence de laffect et linvestissement dun langage souple, habité et adéquat. Si lexcitabilité de lenfant rend le travail individuel difficile, et sil peut apparaître que les autres enfants fournissent un bon support didentification et détayage, alors le travail en petit groupe (dirigé par deux thérapeutes) risque de savérer fructueux. Par ailleurs, si lenfant, conscient de son trouble est désireux de faire spontanément un effort de remédiation, et quil a suffisamment investi la socialisation (tant les jeux socialisés type jeu de loie que le travail scolaire par exemple) alors la perspective orthophonique est décisive. Enfin, sil sagit de mettre en place un communication prélangagière encore embryonnaire, le travail psychothérapeutique à visée logopédique peut être favorable. Dans ce cas, il convient que le thérapeute puisse accepter, du moins dans un premier temps, lexistence déchanges infimes et silencieux avec lenfant. Les profils dévolution Lévolution des dysphasies est relativement peu prévisible. Si lon veut risquer quelques hypothèses, il faut naturellement distinguer selon que le trouble est purement langagier ou quil constitue un trouble associé Dans le registre du trouble essentiellement langagier, cest sans doute le degré de la gêne au niveau de la motricité fine liée à la sphère bucco-faciale, le souci que lenfant peut avoir de corriger spontanément son langage, et enfin son investissement de lécrit qui constituent les indices prédictifs les plus forts. En général, chez les enfants où le trouble est de nature aphasiologique, la récupération du premier langage sorganise après un an de traitement. Elle correspond chez lenfant normal à la période qui précède lexplosion du vocabulaire et se situe autour dun an et demi. En revanche, la capacité à diversifier les conduites linguistiques (poser des questions, répondre, initier des conversations, ébaucher des récits) est plus tardive. La récupération dun langage conforme est en général très nettement secondée par lacquisition du langage écrit et lintérêt que lenfant peut y porter. Sans doute plus encore quun langage parfaitement conforme - lequel est souvent un objectif asymptotique - il importe que lenfant prenne acte du fait que ses difficultés dexpression ne doivent pas lempêcher de dire ce quil a à dire, et quil accepte de sexprimer librement malgré les singularités de sa parole. Dans le registre du trouble associé, le meilleur indice semble bien être fourni non pas par les aptitudes proprement linguistiques de lenfant mais par sa souplesse plus ou moins grande dans le registre de léchange. Sa capacité à organiser des jeux suffisamment souples est incontestablement un signe de bon aloi. Lorsquun enfant est en mesure dorganiser des jeux dalternances dans lesquels il peut prendre successivement tous les rôles, lorsquil accepte que le rituel de sa séance ou celui de son jeu soit infléchi ou modifié, autrement dit lorsquil manifeste une certaine tolérance à lécart, une certaine capacité à lintégrer, on peut alors envisager une évolution favorable. Assez curieusement, cest parfois lorsque le trouble est sur le versant de la relation, mais que la récupération de la communication préverbale seffectue rapidement (au bout dun an de traitement) et favorablement (sans comportement psychotique, sans " décrochage " de la parole dans léchange de propos trop marqué) que la récupération linguistique est le plus spectaculaire. On sen doute, les séquelles linguistiques et psychiques de la dysphasie sont difficiles à établir. Dans le registre de laphasie, les enfants prolixes peu contrôlés, lorsquils disposent dun bon graphisme et de manière générale dune préservation du versant écrit, peuvent organiser un surinvestissement de lécrit qui contribue à renforcer leur inscription dans le processus scolaire et lacquisition progressive dun oral conforme. Les enfants économes mesurés, chez lesquels la production linguistique est toujours aléatoire donc source dinquiétude parviennent difficilement à établir une relation apaisée avec la pensée verbalisée. Elle demeure chez eux source dexcitation et dangoisse. Toutefois ici comme ailleurs, si lenfant parvient à construire un pôle dexcellence, limage quil a de son trouble langagier sen trouve relativisée et banalisée. Enfin, pour les enfants chez lesquels la dysphasie constitue un trouble associé, il est évidemment hasardeux de déterminer, dans le tableau de fin de traitement, ce qui ressortit du trouble linguistique et ce qui, plus généralement, reste lié au trouble psychique. |