| - Les dysphasies de développement se définissent comme un trouble sévère et spécifique du développement du langage oral (TSDLO). Le trouble du langage oral y est spécifique car il nest expliqué ni par une déficience mentale, ni par un trouble sensoriel (surdité) ou neurologique moteur (Infirmité motrice cérébrale), ni par un trouble de la communication (autisme) ou une déprivation sociale ou psychoaffective. Le trouble y est sévère car il perdure bien au-delà de 6 ans. On estime à 7% environ des enfants de 3 ans et demi, la fréquence des troubles spécifiques du développement du langage oral. La grande majorité guérit avant ou autour de 6 ans et constitue ce qui est appelé en France un retard de langage. Une plus petite partie (environ 1% des enfants) ne guérit pas dans ces délais et constitue les dysphasies de développement. Une partie de la population des TSDLO est intermédiaire en ce sens quelle ne rentre pas stricto sensu dans les retards de langage car la guérison survient plus tard que 6 ans, et est différente des dysphasies dans la mesure où le langage oral guérit définitivement. Lintérêt disoler ce sous-groupe revient aux liens entre les TSDLO et lapprentissage du langage écrit (voir chapitre correspondant). La survenue de difficultés dapprentissage du langage écrit (dyslexie de développement) est rare dans lévolution dun retard de langage (environ 10 %) mais est beaucoup plus fréquente dans les dysphasies (quasi 90% des cas) et dans ce cas intermédiaire (fréquence non évaluée mais probablement aux alentours de 70% des cas).
Symptomes et diagnostics La symptomatologie des dysphasies de développement est caractérisée par des signes communs constants et, par ailleurs, par une grande diversité du déficit du LO qui conditionne la diversité des prises en charge et du pronostic. Les points communs sont les suivants et inclus dans la définition : - Lintelligence non verbale, appréciée par un coefficient intellectuel, est normale. Certains enfants bien que normalement intelligents peuvent avoir des difficultés graphiques et dagencement temporel qui demande donc dinterpréter les résultats des tests dintelligence, subtest par subtest. - La communication de lenfant (hormis celle passant par le langage oral) est normale avec, en particulier, souvent une richesse de communication gestuelle. - Il nexiste pas de troubles relationnels massifs. Cependant une hyperkinésie est fréquente, laquelle peut être liée aux difficultés de lenfant et de ses parents devant ce trouble de lexpression et la souffrance liée à léchec qui en résulte. - Lenfant nest ni sourd ni paralysé. - Le trouble du langage oral touche toujours lexpression du langage qui reste inintelligible pour lentourage bien au-delà de 6 ans. Le trouble touche toujours mais à un degré, et sous une forme variable, la phonologie (prononciation des sons à lintérieur du mot) et la structure de la syntaxe. - Sur le versant réceptif, latteinte est infiniment variable. Tous les enfants présentent à un degré variable un trouble de la perception des sons pourtant normalement entendus (discrimination de sons, en particulier de séquences de sons peu contrastés et émis rapidement). En revanche la compréhension lexicale (désignation de mots) et syntaxique est en règle générale bien mieux préservée que lexpression. - Les troubles du langage écrit sont quasi constants (voir chapitre). La gravité de latteinte et son aspect sont infiniment variables dun enfant à lautre et même parfois chez un même enfant au cours de son évolution. Cette grande diversité a toujours frappé les auteurs et les professionnels. Elle explique la difficulté de décrire avec précision les frontières de laffection, et la nécessité absolue, au-delà des grandes règles, de faire des projets thérapeutiques individuels, réguliers et basés sur la symptomatologie précisément évaluée à un moment précis. Ceci a amené certains auteurs à faire des classifications. Leur caractère arbitraire (elles nont jamais été décrites avec un corpus précis denfants dysphasiques) fait quactuellement les auteurs sentendent pour différencier les dysphasies dexpression, de loin les plus fréquentes, où le trouble du langage touche avant tout le versant expressif du langage, et les dysphasies réceptives, rares voire très rares, mais plus graves, où latteinte touche à la fois le versant expressif et réceptif. A lintérieur des dysphasies expressives, il paraît plus intéressant de décrire précisément le type du trouble de chaque enfant (phonologique et ou syntaxique) que de décrire différentes formes arbitrairement individualisée (dysphasies phonologiques et syntaxiques, troubles de programmation phonologique. La diversité tient aussi à la gravité du trouble. La gravité du déficit du langage oral est très variable, certains enfants étant encore quasiment inintelligible à 9 ou 10 ans, à lopposé dautres. Une étude récente longitudinale de 14 enfants dysphasiques ayant un profil similaire à 9 ans et revu à lâge adulte objective cette diversité puisque 4 adultes restent difficilement intelligibles, 2 ont un langage oral quasi normal et les 8 autres des séquelles dintensité et de type variables. La gravité est également différente en fonction de la sévérité des troubles dacquisition du langage écrit. Ces difficultés sont quasi constantes et leur type, à la lumière des connaissances actuelles sur les mécanismes dapprentissage du langage écrit en psychologie cognitive, est connu (difficultés daccès au stade alphabétique de la lecture). En revanche, la possibilité de les compenser dépend de la maladie mais aussi de lenvironnement scolaire, rééducatif et familial. Elle est donc infiniment variable. Ce dernier point, qui change la vie future des dysphasiques car il conditionne leur intégration scolaire puis professionnelle et familiale, souligne la nécessité absolue de la création de centres ressources afin daider à améliorer le devenir. Le dernier point de la diversité du pronostic tient aux troubles associés (difficultés relationnelles, dyscalculies), infiniment variable dun cas à lautre. L'étiologie des dysphasies On peut résumer en disant quelle reste mystérieuse et polyfactorielles, même si les particularités du cerveau du dysphasique et les facteurs génétiques sont actuellement étudiés (voir chapitre). Lintrication serrée entre le déficit instrumental et la dynamique de lenfant, de sa famille et de son environnement social, fait que seule une collaboration étroite entre les neuropsychologues, linguistes, orthophonistes, enseignants, psychothérapeutes, pédopsychiatres et neuropédiatres permettra davancer sur laide appropriée à proposer à chaque enfant. (Voir texte de Danon-Boileau). |