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Le
quotidien du médecin : Mise au point
Cahiers
de FMC du 23 mai 2005 sur l'hyperactivité de l'enfant et de l'adolescent
Turbulent ou
hyperactif ? Hyperactif ou dynamique ? Normal ou pathologique ?
La question de l'enfant hyperactif, comme celle de l'origine psychologique
ou neurologique, fait couler beaucoup d'encre et déchaîne
parfois des débats passionnels. Pourtant, il ne s'agit pas d'un
trouble récemment apparu ni d'un phénomène de mode.
Décrits depuis le début du XXe siècle, les symptômes
d'inattention et d'instabilité ont subi différentes évolutions,
tant au niveau de la terminologie (instabilité psychomotrice, hyperkinésie,
trouble de l'attention avec hyperactivité, hyperactivité
avec trouble de l'attention, etc.) que de l'interprétation.
Dr Marie-France
LE HEUZEY
Service de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent
hôpital Robert-Debré, Paris
Qu'est-ce que l'hyperactivité ?
Pour définir
l'hyperactivité, il est justifié de se référer
aux grandes classifications internationales, comme celle de l'American
Psychiatric Association dans sa quatrième révision (DSM-IV),
qui décrit le trouble déficit de l'attention/hyperactivité
(Tdah). Pour la recherche, on peut également se référer
à la classification de l'OMS, la CIM 10, dont les critères
diagnostiques sont voisins mais figurent sous le terme de trouble hyperkinétique.
Dans la population
des enfants d'âge scolaire, la prévalence de l'hyperactivité
est estimée, suivant les enquêtes, entre 2 et 5 % ; selon
le rapport 2002 de l'Inserm, 200 000 enfants âgés de 4 à
19 ans seraient hyperactifs en France. On peut dire que, globalement,
il y a un enfant hyperactif par classe. Le trouble est plus fréquent
chez le garçon, le sex-ratio étant d'une fille pour trois
ou quatre garçons dans la population générale. L'enfant
dit hyperactif souffre de difficultés précoces et durables
dans trois domaines : l'hyperactivité, l'impulsivité et
l'inattention. Ces manifestations sont inappropriées dans leur
intensité, compte tenu de l'âge et du niveau de développement
de l'enfant, et surviennent dans les différentes situations qui
nécessitent de l'attention, une inhibition de l'impulsivité
et une restriction des mouvements.
L'inattention.
L'enfant a du mal à soutenir son attention et se laisse distraire
par n'importe quel stimulus extérieur. En famille, les parents
disent : " il semble ne jamais écouter ", " il ne
peut se concentrer ", " il est aisément distrait ",
" il est tout le temps dans la lune ", " il ne peut travailler
seul ", " il réclame plus de surveillance ", "
il passe sans arrêt d'une activité inachevée à
une autre ", " il perd toutes ses affaires ", " il
faut toujours tout lui répéter ". Dans la vie sociale,
l'enfant a de la difficulté à participer de façon
adéquate à une conversation ; il se concentre difficilement
sur les préoccupations des autres, intègre mal les règles
du dialogue ou du jeu proposé. A l'école, l'enseignant se
plaint que l'enfant paraît ailleurs, décalé par rapport
aux autres, qu'il n'a pas le bon matériel.
L'impulsivité.
L'enfant répond et réagit vite, trop vite, sans envisager
les possibles conséquences négatives, destructrices ou dangereuses
de sa réponse, qu'elle soit verbale ou physique. Il a de la difficulté
à attendre son tour, interrompt les autres
Lorsqu'il veut quelque chose dont l'accès est contrôlé
par un adulte et qu'il doit attendre pour l'obtenir (achat d'un jouet,
séance de cinéma
), il harcèle l'adulte pendant
tout le temps d'attente, se montrant aux yeux de l'entourage exagérément
exigeant et égocentrique. Il manque de censure sociale et paraît
" impoli ". Toutes ces interventions intempestives conduisent
à de nombreuses punitions et remontrances, et aboutissent à
un rejet par les pairs et les adultes.
L'hyperactivité.
L'activité motrice est excessive pour le niveau de développement
ou inappropriée : l'enfant est animé de mouvements inutiles
ou inadéquats, compte tenu de la situation et de l'activité
: " Il paraît entraîné par un moteur ", "
il ne peut rester assis ", " il bouge tout le temps ",
" il fait des bruits incongrus ", " il n'arrête pas
de parler ". Ainsi, à l'école, l'enfant ne reste pas
assis, se lève sans permission, tripote des objets (crayons, petits
jouets, trombones), se retourne pour parler aux élèves des
rangs arrière, fait des bruitages incongrus, voire des commentaires
à voix haute, renverse, dans un grand fracas, règles et
crayons, parfois s'écroule avec sa chaise.
Selon l'importance
respective des symptômes, on décrit trois types d'hyperactivité
: le type mixte, le type à inattention prédominante et le
type hyperactivité/impulsivité prédominante.
L'expression des symptômes peut être différente selon
le sexe. Les formes mixtes ou à hyperactivité prédominante
seraient plus volontiers observées chez les garçons. Chez
les filles, la forme à inattention prédominante domine :
il n'y a pas d'agitation, l'enfant paraît rêveuse, dans la
lune ; elle oublie ses affaires, est mal organisée.
Le Tdah est
un trouble du développement qui commence dès le début
de la vie, mais son expression est d'intensité variable et de forme
différente selon les âges ; il est surtout diagnostiqué
à l'âge scolaire (6-12 ans). Toutefois, les formes graves
peuvent être repérées dès l'école maternelle
; en revanche, certaines formes passent longtemps inaperçues, car
l'enfant fait beaucoup d'efforts pour se contrôler, et c'est lorsque
les exigences environnementales augmentent que la gêne est ressentie
et que le sujet consulte.
Les comorbidités
: le Tdah est rarement isolé, et les comorbidités accentuent
l'échec scolaire et l'exclusion.
Les troubles
des apprentissages : leur fréquence est estimée entre 10
et 92 % (de 2 à 5 %. dans la population générale).
Cette disparité est expliquée par la variabilité
de leurs types et leur gravité, simple retard d'acquisition du
langage oral ou, plus rarement, " dysphasie, dyslexie, dysorthographie
" portant sur l'acquisition de la lecture et de l'expression écrite,
dyscalculie intéressant l'acquisition de l'arithmétique
et du raisonnement logico-mathématique ou dyspraxie portant sur
l'acquisition des mouvements volontaires coordonnés.
Le trouble
oppositionnel et le trouble des conduites : le trouble oppositionnel est
défini par un ensemble de comportement d'opposition, de désobéissance,
de provocation ; l'enfant conteste, refuse, se met en colère, ne
se prête pas aux règles de vie. Ce trouble est associé
dans quasiment la moitié des cas au Tdah, en particulier chez les
garçons.
Le trouble des conduites se caractérise par des comportements de
transgression des droits d'autrui et des règles sociales : vols,
infraction, école buissonnière, fugues, etc. C'est plus
une complication du Tdah qu'une simple comorbidité.
Les troubles
émotionnels anxieux et dépressifs : ils peuvent passer inaperçus
et être ignorés des parents, car ils sont " masqués
" par l'agitation, le trouble attentionnel, les difficultés
scolaires, les problèmes de bagarre à l'école ou
à la maison avec les frères et surs. Les parents ne
se doutent pas toujours que leur enfant souffre de sa situation, qu'il
a peur d'aller à l'école car il va se faire réprimander,
qu'il va avoir encore zéro de conduite ou une mauvaise note en
dictée ; ils ne se doutent pas que leur enfant se sent nul, qu'il
n'a aucune confiance en lui et qu'il est malheureux de ne pas faire davantage
plaisir à ses parents.
Un quart des enfants hyperactifs sont anxieux, et l'anxiété
majore le handicap de l'enfant, tout en atténuant son apparence
hyperactive, ce qui rend l'échec scolaire encore plus inexplicable
et accentue davantage la détresse de l'enfant.
Un trouble dépressif surviendrait chez l'enfant hyperactif dans
10 à 38 % des cas, parfois suscité par le sentiment de découragement
de l'enfant.
Les troubles
du sommeil : difficultés d'endormissement, coucher tardif, sommeil
agité, réveils nocturnes, avec
fatigue au réveil, sont signalés par les parents, authentifiés
par les enregistrements, et s'accompagnent d'une moins bonne vigilance
dans la journée.
L'évaluation du sommeil avant traitement est indispensable pour
ne pas ensuite attribuer aux médicaments des troubles qui préexistaient.
Les autres
comorbidités : l'énurésie et l'encoprésie
sont plus fréquentes chez l'enfant hyperactif que dans la population
générale.
Les tics et
le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) : une hyperactivité
est mise en évidence chez plus de la moitié des patients
atteints d'un SGT ; plus de 50 % des hyperactifs sont atteints de tics
ou ont des antécédents familiaux de tics. Cette comorbidité
doit être explorée systématiquement, compte tenu
des interactions avec le traitement médicamenteux.
Consommation
et abus de substances psychoactives : cette comorbidité accrue
est connue à travers les enquêtes menées chez les
patients suivis pour hyperactivité, mais aussi grâce
à la recherche d'antécédents hyperactifs chez les
patients alcooliques et toxicomanes. Les études prospectives ont
établi qu'entre 12 et 16 % des enfants hyperactifs présentent,
à l'âge adulte, des troubles liés aux substances psychoactives,
contre 4 % chez les témoins indemmes d'hyperactivité
dans l'enfance.
Ce qui ne
doit pas être pris pour une hyperactivité
De nombreux enfants peuvent présenter des troubles de l'attention
ou des comportements agités.
L'enfant normalement turbulent : il aime courir, sauter, escalader, pédaler...
Mais cette activité motrice est en rapport avec son âge et
le contexte.
L'hyperactivité secondaire à une autre pathologie connue
(somatique ou psychiatrique) ou à un traitement particulier : l'hémiplégie
infantile, certains syndromes génétiques (syndrome de l'X
fragile, syndrome de Williams...), des lésions cérébrales
(traumatismes, épilepsies) ou des maladies endocriniennes, les
traitements par corticoïdes, psychotropes, antiallergiques.
L'hyperactivité peut également être secondaire à
des troubles graves du développement : troubles envahissants du
développement, troubles du spectre autistique et syndrome d'Aspergor.
D'autres troubles psychopathologiques doivent aussi être éliminés
: dépression de l'enfant, enfant souffrant de retard mental, enfant
anxieux, enfant surdoué, etc.
Comment
fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic
peut être suspecté par le médecin traitant, mais sa
confirmation relève des compétences d'une équipe
spécialisée, c'est-à-dire, en France, d'une équipe
hospitalière de pédopsychiatrie ou de neuropédiatrie.
Le diagnostic est avant tout clinique, d'après le recueil des données
auprès de la famille et de l'école de l'enfant, mais aussi
d'après l'observation directe de l'enfant dans plusieurs situations
: en consultation, en salle d'attente et lors des explorations complémentaires
nécessaires.
L'évaluation est complétée par des tests cognitifs.
L'examen psychométrique est fondé, par exemple, sur les
échelles de Weschler qui évaluent les compétences
intellectuelles et les capacités attentionnelles.
Certains tests sont plus spécifiques de l'exploration de l'attention
- comme le test de Stroop, les tests de barrage, le CPT (Continuous Performance
Test) sur ordinateur - ou de l'évaluation des fonctions exécutives
(planification, flexibilité, mémoire de travail), qui sont
altérées chez l'enfant hyperactif : la " Tour de Londres
" ou le Wisconsin Sorting Card Test... Actuellement, de nombreux
psychologues utilisent la batterie Nepsy, soit en totalité, soit
partiellement.
Quelles
sont les causes ?
Il n'y a pas
de cause identifiée ; le trouble est multifactoriel, avec une intrication
à des degrés divers de plusieurs facteurs.
Les facteurs neurobiologiques. Sur le plan biochimique, la notion d'un
dysfonctionnement dopaminergique et noradrénergique est reconnue
depuis de nombreuses années et l'on sait que les traitements médicamenteux
actifs interviennent en stimulant la libération et en inhibant
la recapture de l'une ou l'autre de ces catécholamines.
Les hypothèses actuelles suggèrent l'existence, pour la
dopamine, d'une hypoactivité corticale qui sous-tend les perturbations
cognitives et d'une hyperactivité sous-corticale responsable de
l'hyperactivité motrice. Pour la noradrénaline, une hypoactivité
corticale serait impliquée dans le déficit de mémoire
de travail et une hyperactivité sous-corticale serait responsable
de l'excitabilité.
Les explorations
en imagerie cérébrale (IRM, tomographie par émission
de positons [PET], tomographie par émission de simples photons
[SPECT]) renseignent sur les dysfonctionnements dans différentes
zones cérébrales (zones préfrontales, striatum, corps
calleux, cervelet
). Une grande étude américaine a
montré en IRM une réduction globale du volume cérébral
chez les enfants hyperactifs par rapport aux sujets témoins.
Actuellement, on ne peut donc relier le Tdah à aucune zone cérébrale
particulière.
Au niveau cognitif,
le concept théorique est celui d'un trouble des fonctions exécutives.
Parmi celles-ci, le défaut d'inhibition de la réponse (donc
l'impulsivité) constituerait le trouble primaire et spécifique
de l'hyperactivité.
Au niveau génétique,
les études d'agrégations familiales montrent de manière
convergente un excès d'atteinte chez les apparentés : diagnostic
de Tdah chez 25 % des apparentés du premier degré contre
5 % dans la population témoin.
Les études familiales d'adoption suggèrent une large part
génétique dans la variance phénotypique du Tdah et
font apparaître une héritabilité de 70 %. Les études
de jumeaux confirment la plus grande concordance chez les monozygotes
(66 %) que chez les dizygotes (28 %).
Les recherches
en biologie moléculaire concernent actuellement surtout des gènes
candidats du système dopaminergique ; certains résultats
sont contradictoires. On peut néanmoins retenir qu'il existe une
association entre l'hyperactivité et, d'une part, un
allèle (7-repeat) du gène du récepteur dopaminergique
D4 (DRD4) et, d'autre part, un allèle du gène codant pour
le transporteur de la dopamine (DAT).
Les facteurs
environnementaux.
Les facteurs
pré- et périnataux : grande prématurité, hypotrophie
néonatale, stress anténatal, intoxications pendant la grossessse
(tabac, cocaïne, alcool, plomb).
Signalons le cas particulier de la carence en fer, cet élément
étant impliqué dans la synthèse de la dopamine. Or,
chez l'animal, la carence influence négativement le comportement
; de plus, une récente étude française a montré
que certains enfants atteints de Tdah ont un taux de ferritine abaissé
et que les taux de ferritine les plus bas étaient corrélés
avec les Tdah les plus sévères.
Les facteurs postnataux : la dépression maternelle, toutes les
difficultés relationnelles intrafamiliales, les facteurs d'instabilité
psychosociale (placement, précarité, maladie mentale d'un
parent) sont susceptibles de contribuer à la constitution ou à
l'aggravation du trouble. C'est pourquoi le contexte environnemental doit
être largement pris en considération.
Quel traitement
?
Le traitement
de l'enfant hyperactif est multimodal et, si certains médicaments
se révèlent être utiles dans le traitement de l'enfant
hyperactif, ils ne sont en aucun cas suffisants ; ils doivent s'intégrer
dans un processus thérapeutique associant des approches éducatives,
rééducatives, psychothérapiques et familiales. L'intérêt
de cette approche multimodale a été démontré
par deux études importantes conduites sur vingt-quatre mois : l'étude
MTA (597 enfants) et l'étude d'Abikoff (103 enfants). Ces études
ont montré la supériorité de l'approche multimodale
sur les traitements isolés, qu'ils soient psychothérapeutiques
ou médicamenteux, avec une efficacité dans 68 à 80
% des cas et une absence d'épuisement de l'effet : le traitement
demeure efficace après vingt-quatre mois.
Les traitements
non médicamenteux.
1. Les psychothérapies
Les psychothérapies cognitivo-comportementales, en groupe ou individuelles,
visent à modifier directement le comportement observable de l'enfant,
mais aussi à aider ce dernier dans sa perception de lui-même.
Elles s'adressent donc à l'enfant et à son environnement.
La psychothérapie psychodynamique : Elle permet non seulement de
travailler l'histoire familiale, mais aussi d'analyser les conditions
de vie et d'échanges dans lesquelles se trouve l'enfant.
2. Les rééducations
La rééducation orthophonique, la réeducation en psychomotricité
sont non seulement utiles s'il existe des troubles associés d'apprentissages,
mais aussi pour contribuer à la rééducation
du trouble attentionnel, pour apprendre à l'enfant des stratégies
adaptatives.
3. Les traitements
médicamenteux
Les psychostimulants
:
En France, le méthylphénidate (MP) a obtenu l'AMM il y a
une dizaine d'années dans l'indication " trouble déficitaire
de l'attention, avec hyperactivité chez l'enfant de plus de 6 ans,
sans limite supérieure d'âge ".
Les effets spécifiques du MP sont observés dans les trois
domaines : moteur, social et cognitif.
Le méthylphénidate se présente sous forme de comprimés
sécables de 10 mg. Les conditions de prescription et de délivrance
en France ont été très précisément
limitées. La prescription initiale est hospitalière, réservée
aux seuls services spécialisés de psychiatrie, neurologie
et pédiatrie. Cette prescription est effectuée sur une ordonnance
sécurisée qui a une validité d'un an. Dans la période
intermédiaire entre deux prescriptions hospitalières, les
renouvellements, tous les vingt-huit jours, peuvent être effectués
par tout docteur en médecine : ces renouvellements doivent être
faits sans modification des doses indiquées par l'ordonnance hospitalière.
La délivrance se fait en pharmacie d'officine, sur présentation
de la prescription hospitalière (renouvelée tous les vingt-huit
jours) ou du médecin traitant, accompagnée, dans ce cas,
de la prescription hospitalière datant de moins d'un an.
L'administration du traitement est établie de façon progressive,
avec une posologie d'un demi-comprimé matin et midi. Les doses
sont augmentées progressivement, jusqu'à atteindre une posologie
comprise entre 0,5 et 1,5 mg/kg/j, sans dépasser 60 mg/j. Les prises
sont biquotidiennes, le matin et à midi, ou, mieux, triquotidiennes,
le matin, à midi et à 16 h 30.
Il est recommandé d'interrompre le traitement au moins une fois
par an, de préférence pendant les congés scolaires
de longue durée, les " grandes vacances ", afin d'évaluer
la nécessité ou non de sa poursuite à la rentrée
suivante. La durée de cette interruption est modulable selon la
famille et l'organisation des vacances de l'enfant. L'arrêt du traitement
pendant les week-ends n'est pas justifié.
Globalement, le méthylphénidate est bien toléré
et les effets indésirables peu importants.
Une irritabilité et des troubles d'endormissement et une diminution
de l'appétit se produisent surtout en début de traitement.
Ces troubles sont le plus souvent bénins et ne nécessitent
pas l'arrêt du traitement. Les autres effets indésirables
sont plus rares : céphalées, vertiges, douleurs abdominales.
Le retentissement sur la croissance reste un sujet d'actualité.
Certains auteurs avaient observé des ralentissements de la croissance
lors de traitements prolongés et continus par le méthylphénidate
et, ainsi, la pratique de fenêtres thérapeutiques de "
rattrapage " s'était répandue. En fait, à l'âge
adulte, la taille des hyperactifs traités n'est pas différente
de celle correspondant à leur groupe familial et social, et est
comparable à la taille des sujets témoins non traités.
Enfin, la crainte d'induction d'une toxicomanie n'est pas justifiée.
La méta-analyse de Wilens portant sur 6 études de suivi,
incluant 674 hyperactifs traités et 360 non traités, montre
que le groupe traité comporte moins de toxicomanes et d'alcooliques
que le groupe non traité, ce qui suggère que le traitement
des enfants hyperactifs a un effet protecteur à long terme contre
le risque d'abus de substances et d'alcool.
Les nouvelles
formes de psycho-stimulants :
L'administration de deux ou trois fois par jour est souple, mais pose
souvent des problèmes d'observance et peut stigmatiser l'enfant
à l'école : selon les cas, celui-ci n'ose pas, oublie ou
est humilié de devoir réclamer " son médicament
à la cantine ".
Deux nouvelles
formes galéniques de méthylphénidate ont obtenu l'AMM
en France et sont commercialisées depuis l'été 2004.
Il s'agit de deux formes à libération prolongée :
la Ritaline LP et le Concerta LP.
La Ritaline LP est commercialisée en gélules à trois
dosages : 20, 30 et 40 mg. Sa forme galénique permet une libération
immédiate de 50 % de la dose et quatre heures après la prise
pour une durée prolongée ; au total, huit heures d'action.
La Ritaline LP reproduit la double prise à quatre heures d'intervalle
de la Ritaline à libération immédiate ; les fluctuations
journalières des concentrations plasmatiques de méthylphénidate
sont moindres qu'avec cette dernière administrée deux fois
par jour.
Le Concerta LP existe sous trois dosages de comprimés, 18, 36 et
54 mg à libération prolongée ; la forme 54 mg n'est
actuellement pas disponible sur le marché français.
La galénique permet, là aussi, une libération immédiate
du principe actif (concentration initiale maximale atteinte entre une
et deux heures), puis une libération prolongée pendant dix
heures. L'efficacité est censée se maintenir pendant douze
heures.
Les conditions de prescription des formes à libération prolongée
sont les suivantes :
- pour la Ritaline LP, si l'enfant n'a encore jamais pris de méthylphénidate,
il faut d'abord utiliser la Ritaline 10 mg à doses progressives,
puis passer à la Ritaline LP. De même, on peut prescrire
aux enfants anciennement traités par la Ritaline des équivalences
simples de Ritaline LP 20, 30 ou 40 mg selon que l'enfant recevait
20, 30 ou 40 mg.
- Le Concerta LP peut être prescrit soit en relais de la Ritaline
10 mg, soit en première intention en commençant par une
dose de 18 mg, puis en ajustant la posologie de semaine en semaine en
fonction de l'efficacité et de la tolérance, jusqu'à
un maximum de 56 mg.
d'autres formes de psychostimulant vont peut-être être commercialisées
prochainement. Un nouveau traitement non psychostimulant, l'atomoxétine,
qui inhibe le transporteur de la noradrénaline, est commercialisé
aux Etats-Unis depuis 2002. Il pourrait être un traitement substitutif
du méthylphénidate.
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